A contre sens

Le sentier de la vérité

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Les longs bras cadavériques du gros pin

[…]
Au loin, on entend une voiture prendre un virage. Ce bruit me rassure, j’avais l’impression qu’on était seul au monde et le bruit de ce moteur redonne vie à ce tableau surréaliste.
Nous marchons tranquillement, Marc et moi, alors que la voiture déboule dans la grande ligne droite, en face de nous. Une musique créole s’échappe de la voiture, entraînant dans sa danse les herbes folles des dunes bordant la route.
[…]
Je m’immobilise net. Même si l’action se passe très vite, même si je n’ai pas porté attention dans un premier temps à la conductrice, même si les larges lunettes de soleil masque son visage, mon sang se glace. Cette chevelure, ce grand sourire, je les reconnais.
Clara.
Ce n’est pas possible! Je l’ai vu à l’hôpital, sur son lit de mort! Je n’y comprends rien.
J’essaie rapidement de faire le point mais tout converge vers la même conclusion : J’ai bien vu Clara mourir. Je l’ai bien vu passer devant moi à l’instant.
J’ai cependant l’impression que quelque chose est différent en elle. Je n’ai pas le temps de savoir quoi. Elle passe en trombe devant nous. Le zouk lancinant, chaud et enjoué, contraste avec l’endroit désertique et ténébreux.

Dans un même mouvement, nous nous retournons pour la suivre du regard.
– Non!, crie Marc en faisant des grands signes, pas par là!
Je reste muette, pétrifiée. Je sais ce qui va se passer et je pense que Marc aussi.
La conductrice jette un coup d’œil dans son rétroviseur dans notre direction, sa main gauche planant toujours à l’extérieur de la voiture, au rythme de la musique.
Je regarde Marc, ahurie, les yeux dans le vague et me retourne pour voir le spectacle de l’arbre, imposant maître des lieux, décideur du sort de chacun, déployant soudainement ces longues tentacules pour attirer l’inconnu, le prévenir qu’il le dérange et perturbe trop la quiétude des lieux à son goût.

Et, sans surprise, j’entends le court et net vacarme du choc. La musique se tait, pour le plus grand bonheur du grand pin se redressant légèrement, heureux de pouvoir encore maintenir l’ordre et le calme sur son territoire.
Puis le silence. Sournois, cynique.
Le petit coupé gris foncé est allé s’empaler dans l’arbre, le choc a été violent, net, précis.
Je cours alors vers lui, une course frénétique dans l’espoir de sauver la passagère. Marc quant à lui, marche d’un pas tranquille, comme étranger à la scène.
Arrivée sur les lieux, le spectacle est prévisible. L’avant de la voiture est quasiment désintégré. Une grosse fumée blanchâtre s’échappe des restes du moteur.

Et puis je la vois.
Elle est affalée sur le volant de la voiture, un flot de sang s’échappant de son crâne. Ses jambes sont incarcérées dans l’épave. Ces bras pendent le long de son corps démantibulé. A l’arrière, le sac de voyage n’a pas bougé, prêt à repartir.
Je tente d’ouvrir la portière récalcitrante. Le pied droit sur la portière arrière, les deux mains sur la poignée, je tire de toutes mes forces et, daignant céder, celle-ci s’ouvre dans un bruit sourd. Ne m’attendant pas à une si rapide reddition, je perds l’équilibre et suis projetée en arrière.
[…]

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