A contre sens

Le sentier de la vérité

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Wiener

J’ouvre les yeux. Un plafond très haut, une voûte ornée de grandes fresques d’où émergent trois magnifiques lustres de cristal démesurément grands. Des bruits de pas, frappés à terre. Non, des sabots.
Le souffle d’un cheval, régulier, fort, contrôlé. Des flots de lumière entrent par d’innombrables ouvertures situées entre chaque pilier colonial soutenant l’édifice. L’odeur de cuir, de la sueur de l’animal, de la concentration du cavalier.
[…]
J’entends alors la musique. Le piano. A nouveau le prélude de Bach. Je reconnais le doigté. Le confort de la main et l’inconfort de l’artiste. Je reconnais la lassitude. Je mets un visage sur cet artiste, un visage triste, sans vie. Je ressens pourtant le feu de la vie, une légère braise, prouvant qu’il suffit de peu pour faire surgir quelques flammes.
Les douces sonorités sont diffusées avec grâce par la multitude d’enceintes situées sur chaque colonne de la bâtisse. Le fantôme de Clara les accompagne.
[…]
Soudain, je tressaille. Un malheur va se produire. Je le sais. Je le ressens. Toujours cette tristesse, cette désolation. La mort, le froid. Mon dieu, il faut faire vite. Mes forces diminuent. Comme si je me vidais. La tête me tourne.
– Viens vite Marc, il faut qu’on y aille. On a peu de temps, lui dis-je en lui prenant la main et en montant l’escalier d’un magnifique bâtiment, à toute vitesse.
Je m’arrête soudain, captivée par la grandeur de l’édifice illuminé.
Mais une autre pensée me vient.
– Je suis déjà venue ici, dis-je, le souffle coupé, en observant les arcs en façade sur deux niveaux, les statues de chevaux en haut du bâtiment, surplombant d’immenses verrières. C’est l’opéra de Vienne !
– Tu vois, je te l’avais dit, on est à Vienne ! me dit Marc, tout excité.
La fatigue me gagne, insidieusement, asséchant mes veines, vidant le fleuve de l’énergie vitale.
Encore une affiche d’un piano illuminé à l’entrée. La même affiche.
Je jette un rapide coup d’œil, mais …  je sais.
Clara. Elle est en danger. Je le sens.
Comme un pantin, un robot dans lequel on aurait entré l’itinéraire à parcourir, je déambule dans les couloirs. Tout est embrumé dans ma tête, j’ai l’impression d’être téléguidée. J’arrive devant une porte.
Comment suis-je arrivée ici ?

Un homme sort par la porte à vive allure, complètement affolé, les yeux exorbités.
– De l’aide! Au secours ! A l’aide ! crie-t-il, les deux mains formant un entonnoir devant sa bouche pour porter plus loin son hurlement, cédant à la panique.
Il court dans le couloir … hurlant de toutes ses forces.

Dans un calme qui ne m’étonne même pas, je pousse la porte. Clara est affalée par terre, baignant dans son sang, respirant avec difficulté. Une large entaille à chacun de ses poignets. Le fleuve rouge déborde et se répand sur la robe de soie blanche.
Je flanche, un genou à terre. Je n’ai plus de force et peine à respirer.
[…]

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